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A Genève, une galerie a renvoyé un grand nombre d'objets d'art antique qui provenaient de fouilles clandestines.

Lorsqu'une des galeries d'art les plus réputées de Genève constate que plusieurs centaines de ses oeuvres ont une provenance illicite, que fait-elle? Elle s'empresse de les retourner à leur propriétaire. Quitte à perdre quelques millions de francs dans l'affaire. Voici, en résumé, l'histoire que raconte C. Michael Hedqvist, directeur de la Galerie Phoenix. Il y a quinze jours, cet établissement de la vieille ville a renvoyé en Italie 251 objets d'art antique. Leur défaut: issus de fouilles clandestines opérées entre la Sicile et la Toscane, ils avaient été exportés en toute illégalité.”

Renaud Malik,Tribune de Geneve

Lorsqu'une des galeries d'art les plus réputées de Genève constate que plusieurs centaines de ses oeuvres ont une provenance illicite, que fait-elle? Elle s'empresse de les retourner à leur propriétaire. Quitte à perdre quelques millions de francs dans l'affaire. Voici, en résumé, l'histoire que raconte C. Michael Hedqvist, directeur de la Galerie Phoenix. Il y a quinze jours, cet établissement de la vieille ville a renvoyé en Italie 251 objets d'art antique. Leur défaut: issus de fouilles clandestines opérées entre la Sicile et la Toscane, ils avaient été exportés en toute illégalité.

D'après la police italienne, l'ensemble des objets expédiés représente environ 3 millions de francs. Mais, pour le directeur de la galerie, il n'est pas question de pleurer sur ces millions perdus. L'essentiel, c'est que la réputation soit sauve: "Nous avons choisi de rendre spontanément ces objets à l'Etat italien, pour prouver que nous n'étions pas fautifs, plaide le directeur de la galerie. Nous avons acquis ces objets il y a longtemps, sans savoir qu'ils avaient une provenance douteuse."

Pour comprendre comment ces oeuvres ont atteri à Genève, il faut remonter aux années 1980: à l'époque, en Italie, les pilleurs de sarcophages s'en donnent à coeur joie. Ces tombaroli écument l'Italie du nord au sud, pillant le patrimoine archéologique et l'éparpillant dans toute l'Europe. En Suisse, les marchands et les collectionneurs achètent les pièces sans trop se soucier de leur provenance. C'est le cas de la Galerie Phoenix, qui acquiert dans les années 1980 et 1990 toute une série d'antiquités de bronze ou de terre cuite, par le biais de ventes aux enchères, de marchands ou d'intermédiaires.

Résultat: au début des années 2000, la galerie du 6 rue Verdaine se retrouve dans le collimateur de la police italienne, qui recherche les objets d'art exportés illégalement en Suisse. Les enquêteurs repèrent un petit nombre de pièces suspectes, qu'ils placent sous séquestre pendant sept ans. "Par la suite nous avons décidé de tout faire pour que cela ne se reproduise plus, raconte C. Michael Hedqvist. Pendant un an, nous avons passé au peigne fin l'ensemble de notre stock d'antiquités italiennes pour repérer les objets à problème."

Depuis 2008, toutes les institutions spécialisées ont été consultées: "Nous avons utilisé l'Art Loss Register, une base de données qui recense les objets volés dans le monde. Et nous avons travaillé main dans la main avec les carabiniers italiens spécialisés dans le trafic des biens culturels." L'enquête s'est terminée tout récemment. "C'était un mal nécessaire. C'est à ce prix que l'on préserve notre réputation et celle de nos clients."

Dans les autres galeries, on fait aussi la chasse aux objets d'origine frauduleuse. Et pas seulement pour préserver la réputation de l'établissement: la législation suisse menace de sanctions sévères les marchands qui auraient manqué de vigilance. "Depuis 2005 les galeristes sont obligés de se documenter sur la provenance de ce qui entre chez eux, explique l'avocat genevois Marc-André Renold. S'ils se font duper, ils sont responsables et passibles de sanctions qui peuvent aller jusqu'à la peine de prison."

Pour les marchands spécialisé dans l'art antique, la tâche n'est pas simple. "C'est un marché à haut risque, poursuit Marc-André Renold. Une bonne partie des objets en circulation a a une provenance illicite." Alors, comment faire ? "Aujourd'hui, à chaque fois qu'on nous propose une oeuvre, on demande au vendeur une copie de sa pièce d'identitié et toutes sortes d'attestations, répond C. Michael Hedqvist. On vérifie que l'objet a déjà fait l'objet de publications et d'études. On contacte Interpol ou l'Art Loss Register. Bref, on passe 75% de notre temps à étudier le pedigree de chaque oeuvre. Et pourtant le risque zéro n'existe pas."

 

ENGLISH TRANSLATION

251 CLANDESTINE ARTWORKS RETURN TO ITALY

PRECAUTION This Genevian gallery specializing in ancient art must be twice as careful to ensure the lawful provenance of the works. On the right, two of the pieces returned to their country of origin.

 

 

ANTIQUITIES In Geneva, a gallery returned a large number of ancient artifacts which have been clandestinely excavated.

 

When one of the most famous galleries in Geneva realizes that several hundreds of its artworks are of illicit provenance, what does it do? It immediately returns them to their owner. Even if it means losing a few millions francs. Here is, in summary, the story told by C. Michael Hedqvist, managing director of the Phoenix Gallery. A fortnight ago, this establishment based in the Old Town area sent 251 ancient artifacts back to Italy. Their defect: coming from clandestine excavations carried out between Sicily and Tuscany, they had been exported illegally.

 

According to Italian police, all the traded objects represent about 3 millions francs. But for the gallery director, it is out of question to cry over those lost millions. The bottom line is that the reputation is safe: "We chose to spontaneously return these objects to the Italian State, proving that we were not at fault," argues the director. "We acquired these objects a long time ago, without knowing their doubtful provenance."

 

 

In order to understand how these works landed in Geneva, one must go back to the 1980's: at that time in Italy, grave looters pillaged to their heart's content. These tombaroli travelled up Italy from North to South, plundering the archaeological heritage and spreading it all throughout Europe. In Switzerland, dealers and collectors buy the items with little regard for their provenance. This applies to the Phoenix Gallery, which acquires in the 1980's and 1990's a series of bronze or terracotta antiques, through auctions, merchants or intermediaries.

 

As a result, in the early 2000's, the gallery located at Verdaine Street 6 is in the collimator of the Italian police, in search of art items illegally exported to Switzerland. The investigators identify a small number of suspicious pieces they sequester for seven years. "Afterwards, we decided to do everything to prevent this from happening again," explains C. Michael Hedqvist. "During a year, we examined with a fine-tooth comb our entire stock of Italian antiquities to identify any problematic pieces."

 

Since 2008, all relevant institutions have been consulted: "We used the Art Loss Register, a database that lists stolen art and antiques all over the world. And we worked hand in hand with the specialized unit of Italian Carabinieri focused on illicit traffic of cultural goods." The investigation was completed recently. "It was a necessary evil, the unique way to preserve our reputation and that of our clients."

 

In the other galleries, the hunt for works of fraudulent provenance continues, and not only having regard to their reputation: the Swiss law provides severe sanctions against dealers who would not have been vigilant enough. "Since 2005, gallery owners have to document about the origin of their acquisitions," says Marc-André Renold, a Genevian lawyer. "If they get duped, they are responsible and even liable to prison sentence."

 

For dealers specializing in ancient art, this is not an easy task: "It's a high risk market," Marc-André Renold adds. "A large part of the artworks in circulation is of illicit provenance." What to do then? "Today, whenever we are offered an artwork, we ask the seller for proof of identity, as well as for different kinds of certificates," answers C. Michael Hedqvist. "We check that the item has already been published and studied. We contact Interpol or the Art Loss Register. In short, we spend 75% of our time analyzing each work's pedigree. And yet the risk is not zero."

 

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