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Une Biennale des antiquaires pleine d'oxygène“Le baromètre des affaires grimpe avec déjà plusieurs ventes, davantage au vernissage hier soir qu’au dîner, mardi, plus propice aux retrouvailles après l’été. L’optimisme règne chez les ténors de l’archéologie (Phoenix). . . .”
Béatrice de Rochebouët, Le Figaro
Page à page, Picasso illustre le livre de Jean Cassou (notre photo) pour son ami le poète Paul Eluard, à l'aide de crayons de couleur de teintes flamboyantes. Ce sont juste quelques lignes tracées pour dessiner un coq et un vase de fleurs face à un soleil multicolore illuminant trois coquelicots, mais, oh combien ! pleines de force. Toute la magie de cet ogre de la peinture est là, dans ces arabesques sorties d son esprit prêt à toutes les fantaisies. Proposé autour de 500 000 euro, ce témoignage du génie du maître qui transforme un rien en chef-d'oeuvre a été déniché par le libraire Jean-Claude Vrain.
Pour sa première venue à la Biennale, ce grand spécialiste des livres du XXe, qui vit avec la passion d'un jeune homme et l'appétit d'un pirate, place la barre haut. Son stand est un vrai musée: il présente les 88 lettres autographes de Marcel Proust à Lucien Daudet.
C'est l'une des plus importantes et des plus complètes correspondances à un seul destinataire, reliée en deux volumes par Jean de Gonet. Un petit bijou de reliure au lames articulées d'ébène brun poncé et strié dans le sens contraire du bois (prix demandé: 650 000 euro).
Autre merveille pour les modernistes: une reliure métallique janséniste à plats de nickel poli signée Paul Bonet et abritant le Manifeste du surréalisme et Poisson soluble, d'André Breton.
L'importance d'un événement se juge à la qualité de ses invités.Tout ce que la vieille Europe et la riche Amérique comptent de stars était là, mardi soir, pour le grand dîner de la Biennale où 94 exposants recevaient leurs plus gros clients et leurs plus précieuses relations. Tous avec leurs plans en mains, tant la circulation avec ses quatre modules losange dotés de patios dédiés aux sens et aux goûts est un peu labyrinthique au milieu des centaines d'arbres, d'arbustes et de fleurs.
Dans les allées de verdure avc ses chromos géantes de champs de lavande, de roseraies et de sous-bois qui ont fait frémir les ténors de la grande décoration, Jeff Koons, fêté, hier soir, à Versailles, était assis aux côtés de Dominique Levy de L &M de New York, l'une des rares galeries de tableaux modernes montrant un grand Rothko orange invendu chez Sotheby's, en mai dernier, à Manhattant. Maryvonne inault, l'épouse de l'homme d'affaire breton, était tout sourire à quelques couverts de Vernard Arnoult, à la table d'honneur du président de la Biennale, Christian Deydier entouré d'une cour de politiques. Rachidat Dati souriait aux photographies ave le présentateur Arthour tandis que Monica Bellucci exhibait ses bijoux Cartier au bras de son président, Bernard Pornas. John Galliano jouait les pirates des Caraïbes.
1400 convives triés sur le volet
Chic, mondain, festif en cette rentrée morose sur le plan économique, cette réunion de 1400 convives triés sur le volet a donné le ton de cette manifestation qui défend l'excellence de Paris, en matière de mobilier, tableaux et objets d'art sur les 4000 m2 du Grand Palais. Malgré la date jugée trop tôt dans les calendriers des foires, nombre de clients américains, comme le couple new-yorkais Kravis, sont venus. Ainsi que leurs décorateurs qui ont déjà fait leur shopping chez les défenseurs des créateurs du XXe siècle: de Patrick Seguin à Philippe Jousse en passant par Pierre Passebon dont le stand a été conçu par Jacques Grange, autre décorateur parmi les Français les plus adulés du moment outre Atlantique.
(…) la moquette jurant avec le ton de la verrière, les nappes, les mets de Michel Guérard, les plantes, les carrés d’herbe pour asseoir amphores et pots d’Anduze -, les personnalités les plus en vue de l’art et des affaires ont donné leur crédit à la Biennale. C’est là l’essentiel dans une époque de concurrence, face à la Foire de Maastricht, indétrônable par la qualité de ses exposants et son professionnalisme.
Si la Biennale, pour se mettre au niveau des autres salons, devenait annuelle, beaucoup d’exposants ne reviendraient plus, tant la marchandise exceptionnelle est de plus en plus difficile à trouver. Et ceux-ci sont déjà moins nombreux: 17 de moins qu’en 2006 et seulement 8 nouveaux. D’où de sérieuses lacunes dans les modernes depuis le départ de la galerie Hopkins-Custot qui a préféré miser sur la Fiac, ou dans les anciens, depuis le départ d’Eric Coatalem ou des Sarti qui optent pour des expositions dans leurs murs.
A l’avenir, la Biennale connaîtra sans doute des changements pour mieux coller à l’air du temps où la floraison d’événements s’essouffle. Et peut-être pour retrouver sa formidable magie d’antan grâce à l’esprit d’un grand architecte ou d’un décorateur de renom. Mais pour l’heure, cette manifestation fait preuve de prouesse, par ces temps difficiles, avec des pièces de très haut niveau dans toutes les spécialités. Les plus inventifs nous font rêver avec des décors exultant la majesté du XVIIIe (Steinitz et Aaron), l’étrangeté des Arts premiers (Dulon et Montbrison) ou l’exotisme d’une faune de bronzes animaliers (Dumonteil). D’autres se risquent au rose fluo pour montrer des enluminures ou le bleu de l’île de Ré pour mettre en valeur des trésors de monnaie.
Le baromètre des affaires grimpe avec déjà plusieurs ventes, davantage au vernissage hier soir qu’au dîner, mardi, plus propice aux retrouvailles après l’été. L’optimisme règne chez les ténors de l’archéologie (Phoenix), du design (Yves Gastou a vendu tous ses Carlo Scarpa vus pour la première fois sur le marché) et du XVIIIe (Aaron a vendu ses bougeoirs en corail de Trapani). Signe rassurant. Le marché continue son embellie.

